Une victoire imparfaite de la démocratie au Congo.

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Le 10 janvier à 3 heures du matin, des Congolais aux yeux maussades étaient assommés devant leur téléviseur et leur radio. Les résultats provisoires des élections présidentielles en République démocratique du Congo ont été annoncés et ce n’était pas, comme beaucoup le craignaient, le successeur désigné du président Joseph Kabila. Ce n’était pas non plus le chef de l’opposition Martin Fayulu, que l’église catholique respectée avait projeté de gagner. Au lieu de cela, c’était Felix Tshisekedi – le fils du chef de l’opposition Étienne Tshisekedi – que l’on pouvait voir sur Twitter et Facebook, embrassant sa femme et proclamant la victoire.

Les résultats de ces élections sont extraordinaires, de deux manières très différentes. Premièrement, le président semble avoir truqué les sondages, non en faveur de son candidat préféré, mais en faveur d’un adversaire. Outre les comptes de l’Eglise catholique, qui a déployé quelque 40 000 observateurs électoraux, deux sondages commandés à quelques jours des élections par le groupe de recherche sur le Congo ont également mis en évidence une victoire de Fayulu. Selon nos chiffres, une victoire de Tshisekedi aurait été statistiquement impossible. Il était à 23% derrière M. Fayulu, ce qui aurait entraîné environ 4,5 millions de voix. Des rapports persistants – dénié avec indignation par M. Tshisekedi – selon lesquels il aurait conclu un accord avec M. Kabila pour garantir les intérêts du titulaire en échange de la présidence.

Mais les résultats soulignent également l’engagement du peuple congolais à construire une démocratie. Quel que soit le véritable décompte des voix, il est clair que ce n’est pas le résultat souhaité initialement par M. Kabila. Confronté à des limites constitutionnelles, il aurait largement envisagé de modifier la Constitution, puis de reporter les élections à deux ans. En outre, il a exclu les principaux adversaires de la course et réprimé brutalement les manifestations et les rassemblements de l’opposition, tuant des centaines de personnes. En réponse, des groupes de jeunes congolais se sont mobilisés, beaucoup d’entre eux menacés d’arrestation, de torture et pire encore. Inspirés par ces actions et par un clergé militant, des catholiques sont descendus dans la rue par milliers, incitant des policiers à frapper des prêtres et à donner du gaz aux pratiquants dans les bancs. Ce sont ces actes patients et courageux qui ont empêtré M. Kabila de tourner à chaque tournant et l’ont poussé à accepter le compromis en cours.

En fin de compte, cependant, ces manifestants n’ont pas risqué leur vie et 19 millions d’électeurs ne se sont pas rendus aux urnes pour qu’un petit groupe de politiciens leur concoctent de faux résultats et se partagent le pouvoir. Une victoire de Tshisekedi risque d’être considérée comme illégitime par de nombreux Congolais, à moins que les résultats ne soient comptabilisés de manière transparente. La commission électorale doit publier la ventilation de ses résultats par bureau de vote, afin que des observateurs indépendants puissent évaluer leur crédibilité. Les diplomates étrangers doivent s’abstenir de reconnaître la victoire de M. Tshisekedi tant que cela n’a pas été fait.

Les observateurs et les diplomates ne devraient pas non plus se concentrer uniquement sur les résultats de la présidence. La constitution congolaise confère au Parlement des pouvoirs étendus pour proposer un Premier ministre et un cabinet, et le transfert de pouvoirs à 26 provinces est considérable. Bien que leurs pouvoirs aient été jusqu’ici circonscrits, une présidence de Tshisekedi sera frustrée à chaque tour si le Sénat, l’Assemblée nationale et les parlements des provinces sont tous dominés par la coalition de M. Kabila. Ces résultats parlementaires devraient être annoncés dans les prochains jours et pourraient fournir une indication supplémentaire de la fraude électorale et d’un éventuel accord entre M. Kabila et M. Tshisekedi. Il serait difficile de croire que la coalition de M. Kabila aurait pu obtenir une majorité législative si son candidat à la présidentielle n’obtenait que 24% du total officiel.

La démocratie congolaise n’est pas la seule chose en jeu. Environ 4,5 millions de Congolais seraient déplacés, plus que jamais. Il existe plus de 120 groupes armés dans les deux provinces de l’est du Kivu, une prolifération spectaculaire par rapport à la situation d’il y a quelques années. Cet état de fait est intimement lié à la corruption et aux dysfonctionnements du gouvernement. En combattant violemment des manifestants pacifiques dans les zones urbaines, il a montré peu d’intérêt pour mettre fin à une guerre périphérique qui ne menace pas sa survie. Il a en grande partie abandonné les tentatives de réforme systématique de l’armée et il n’existe pratiquement aucun programme de démobilisation pour la multitude de groupes armés. Au lieu de cela, le gouvernement utilise l’armée comme un moyen de distribuer le clientélisme, gouvernant par la faiblesse et non par la force.

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