Dans le territoire de Nyunzu, au cœur de la Province du Tanganyika, des enfants ont abandonné leurs armes, leurs flèches, machettes et couteaux et lancent aujourd’hui un cri d’alarme pour leur avenir.

Les enfants victimes du conflit interethnique au Tanganyika
Matthieu* (16 ans), Karl* (14 ans) et Jonathan* (11 ans) sont trois enfants de villages et d’origines différentes mais aux histoires qui se ressemblent.

Matthieu a rejoint la milice pour venger la mort de son père, tué par la milice pygmée. « Les pygmées nous ont surpris un matin et mon père a été abattu. Je l’ai vu mourir et j’avais peur de mourir aussi. C’est pourquoi je n’ai pas hésité un seul instant quand le chef de la milice bantoue est venu nous recruter, promettant protection. »

Ces enfants ont vu des choses que jamais ils n’auraient dû voir. Matthieu poursuit « les pygmées nous attaquaient avec leur flèches et nous nous armions des nôtres en réplique. J’ai vu des cadavres gisant au sol. »

Jonathan, qui n’est âgé que de 11 ans, se remémore des souvenirs atroces des combats. « Quand je suis allé participer à mon premier combat, j’avais trop peur. On m’a donné une flèche, j’ai tiré et mais loupé. On m’a donné une autre flèche mais j’avais trop peur… »

Plus d’école, plus de jeux, plus d’enfance
Pour ces enfants, l’école est un vieux rêve mélancolique. Jonathan a arrêté d’étudier en 5e année primaire. Depuis juin 2017, seul le t-shirt blanc de son uniforme scolaire lui rappelle les bancs de l’école. « Je veux revenir à l’école pour préparer mon avenir », déclare le jeune garçon.

Les droits les plus chers des enfants sont bafoués. L’école de Jonathan a été détruite, les kits récréatifs que l’UNICEF a remis à son club d’adolescents ont été brûlés et l’équipe de football n’existe plus ! « Même au village, nous avions des ballons et des vareuses mais tout a été brûlé. Nous ne pouvons plus jouer », poursuit Jonathan, le regard triste.

Durant les violences, les trois garçons ont perdu leurs responsables. Jonathan vit maintenant avec sa tante maternelle, Matthieu avec son grand père et Karl avec son oncle. Tous vivent dans des situations précaires et sont obligés de donner leur contribution au pain quotidien des ménages. Jonathan travaille la terre chaque jour pour gagner 1.000 francs congolais [moins de 1 USD]. « Si tu ne vas pas travailler au champ pour être rémunéré, tu ne manges pas », s’exclame le jeune garçon d’un ton crispé.

Rependre la vie normale et retourner à l’école
Pour Jonathan, Matthieu et Karl, l’espoir renait un petit peu depuis qu’ils ont été identifiés comme étant non accompagnés et pourront bénéficier d’assistance. Dans la cadre de la Journée Internationale des Enfants Soldats, les trois garçons ont assisté à une séance de sensibilisation sur les droits de l’enfant. Ils peuvent maintenant dire qu’ils connaissent leurs droits tels que contenus dans la Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant (CDE).

Jonathan, le plus jeune, se plait à réciter les grandes lignes de l’article qui lui tient le plus à cœur : « l’enfant a le droit à l’éducation et l’Etat doit rendre l’enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous ».

Dans le territoire de Nyunzu, les enfants ayant combattu dans les sont impatients de pouvoir reprendre le cours normal de leur vie et retourner à l’école.

La situation des enfants au Tanganyika
Un conflit interethnique opposant des groupes de miliciens pygmées et bantous touche la Province du Tanganyika depuis plusieurs années. Ce conflit a pris un nouveau tournant en juin 2017, lorsque les milices ethniques minoritaires ont formé une alliance pour mener des attaques dans les Provinces du Tanganyika, du Sud-Kivu et du Maniema. Les enfants sont les premières victimes de cette violence. Face à l’urgence au Tanganyika et au Sud, Kivu, l’UNICEF apporte un appui multisectoriel 49.222 personnes déplacées sur les sites autour de Kalemie.

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