Marie-Ange Mushobekwa, Ministre des droits humains, s’est exprimée à l’occasion de la 37eme session ordinaire des droits de l’homme à Genève, le 27 février 2018. Elle a notamment évoqué les élections et surtout les récentes marches initiées par le Comité Laïc de Coordination.

Résumé.

Message de Kabila

En quittant Kinshasa le Président de la République m’a dit je cite : « Madame la Ministre, dites au Haut-Commissaire que je soutiens personnellement tout le travail que vous faites ensemble pour la protection et la promotion des droits de l’Homme dans notre pays. Moi-même je suis défenseur des droits de l’Homme, sinon ce ministère n’existerait pas et aucune collaboration n’aurait été possible avec l’ONU dans ce secteur. »

Élections

La machine électorale est donc en marche et plus rien ne peut l’arrêter. Les élections présidentielles, législatives nationales et provinciales auront bel et bien lieu le 23 décembre 2018. Et tous ceux qui soutiennent la démocratie doivent se préparer à y participer afin de permettre au peuple congolais de se choisir SEUL ses dirigeants sans interférences étrangères.

Les manifestations et les enquêtes

En date du 1er janvier 2018, j’ai mis sur pied une commission d’enquête mixte, composée des membres du Ministère des droits humains, du Ministère de la Justice, de la Commission Nationale des droits de l’Homme, des ONG de défense des droits de l’Homme, du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’Homme ainsi que d’un membre de la cellule de l’Union Africaine chargée des droits de l’Homme et des peuples. Cette commission dénommée « CEM-3121 », est chargée de collecter les données et d’auditionner les témoins et victimes des manifestations du 31 décembre 2017 et celles du 21 janvier 2018. La même commission va poursuivre les enquêtes sur les événements du 25 février dernier.

Quelles suites données aux enquêtes ?

A l’issue de nos investigations menées d’une manière professionnelle et objective, les conclusions seront envoyées au ministre de la justice d’ici la fin de la semaine prochaine, qui à son tour, se chargera d’instruire les instances judiciaires compétentes d’engager des poursuites contre les présumés coupables. Rassurez-vous que les sanctions appropriées seront prises contre les auteurs des atteintes et violations graves des droits de l’Homme.

Mushobekwa se dit embarrassée

Oui la liberté de manifester, la liberté d’opinion et la liberté de culte sont des droits garantis par la constitution en République Démocratique du Congo. Mais cela doit se faire dans le STRICT RESPECT de l’ordre public comme cela se passe dans tous les pays du monde.

Comment faire lorsque les organisateurs de ces manifestations choisissent les 167 paroisses catholiques répertoriées à travers la ville de Kinshasa comme point de départ dans une ville de près de 10 millions d’habitants ?
Comment faire lorsque les organisateurs de ces marches n’indiquent aucun itinéraire aux autorités urbaines, compliquant ainsi l’encadrement de ces marches par les forces de sécurité ?
Comment faire lorsque nous voyons certains jeunes torses nus, avec des bandeaux rouges autour de la tête tenant des banderoles avec des messages politiques violents dans les Eglises et usant des sifflets en plein culte ?
Comment faire, lorsque certains fidèles catholiques ne partageant pas les mêmes opinions et convictions politiques que ceux qui sont proches d’une frange de l’opposition ne peuvent plus aller librement à la messe, confesser librement leur foi, sans avoir crainte d’être lynchés parce que certains prêtres les livrent à travers leurs discours à la vindicte populaire ? En tant que ministre des droits humains, j’avoue que je suis embarrassée.
Comment faire ? Dites-nous franchement comment faire ? Qu’un seul pays du monde qui a déjà autorisé des marches avec 167 points de départ, sans itinéraire précis et clairement tracé, et qui les a parfaitement encadrées, nous dise comment faire ! Comment faire Monsieur le Haut-Commissaire ? Dîtes-nous…
Les bérets et les bandeaux rouges dans les paroisses
Oui, je reconnais qu’en AUCUN CAS les lieux de culte ne devraient être profanés ni par certains éléments indisciplinés des forces de l’ordre, ni par certains manifestants proches de l’opposition torses nus, avec des bandeaux rouges sur la tête et sifflant devant la croix de Jésus-Christ, ni par d’autres proches d’un parti de la majorité avec des bérets rouges sur la tête scandant des menaces dans la cours d’une paroisse. Ces actes sont condamnables non seulement par les lois de la République Démocratique du Congo, mais également par la morale.

L’appel de Mushobekwa à l’Eglise catholique

Mais au-delà de tout, l’Eglise doit rester NEUTRE, jouer son rôle de rassembleur. Elle doit éviter de monter certains de ses fidèles contre d’autres, les poussant ainsi à s’affronter comme cela s’est passé la nuit du 24 février dernier dans la cour d’une paroisse de Kinshasa. Qui assumerait la responsabilité si ces jeunes catholiques venant des partis politiques antagonistes s’entre- tuaient dans la cour de cette paroisse ?

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