L’info a fait l’effet d’une bombe ce dimanche 28 janvier. Antipas Mbusa Nyamwisi et Moïse Katumbi Chapwe auraient rencontré le président rwandais Paul Kagame, futur président de l’Union africaine, à l’occasion du forum économique mondial de Davos, en Suisse. Une rencontre qui en préfigurerait une autre qui doit, elle, avoir lieu dans les prochains jours à Addis Abeba, en marge du sommet de l’Union africaine…

« C’est faux », explique à l’autre bout de la ligne Antipas Mbusa Nyamwisi, qui fut un temps ministre des Affaires étrangères du président Kabila dans le gouvernement d’Antoine Gizenga. L’homme du Nord-Kivu devint ensuite un des premiers opposants du chef de l’Etat congolais n’hésitant pas à accuser Joseph Kabila d’être l’instigateur des massacres à l’est de la RDC.

« Je ne suis pas allé à Davos. Je suis pour l’instant à Addis Abeba mais je vais quitter la capitale éthiopienne. Félix Tshisekedi, lui, est ici depuis trois jours pour un travail de lobbying.».

Comment expliquer cette «fuite » dans la presse ? «Ce n’est pas la première fois que certains cherchent à nuire à l’opposition congolaise. Ce qui embête nos adversaires, c’est que nous restions unis. Mais le pouvoir de Kinshasa est trop heureux de pouvoir faire circuler cette fausse info pour nuire à l’opposition politique.»

Une opposition qui se sent ragaillardie par le succès des marches des catholiques. « Kabila a bien compris qu’il était isolé au Congo. Les Congolais sont de plus en plus nombreux à descendre dans la rue, à oser dire stop aux envies de s’éterniser de ce monsieur. »

Une situation en interne qui se doublerait désormais d’une vraie lassitude chez ses voisins. Le 1er août dernier, lalibreafrique.be publiait un article intitulé « Le cas Kabila embarrasse toute une région » dans lequel nous évoquions déjà le fait qu’une majorité de voisins de la RDC observaient la dégradation de la situation à Kinshasa avec une grande inquiétude.
« Personne, dans la région, n’a envie de voir Kabila rater sa sortie. Mais, dans le même temps, aujourd’hui, plus personne ne pense qu’il soit en mesure de se maintenir au pouvoir très longtemps”, nous expliquait alors un diplomate de la République du Congo voisine. Pour ce Brazzavillois, “une implosion de la République démocratique du Congo serait aussi une catastrophe pour tout un sous-continent et même au-delà. Il faut donc trouver une solution pour une alternance la moins chaotique possible”.
Pressions financières

Les six mois qui se sont écoulés depuis cet article n’ont pas permis d’apaiser les craintes des voisins. Bien au contraire. «La situation économique en RDC est catastrophique », explique un banquier ivoirien qui a longtemps travaillé dans les deux Congo. « Les réserves sont à sec. Kinshasa veut jouer au plus malin, notamment avec la Belgique. Mais si les autres pays européens emboîtent le pas de Bruxelles et coupent leur coopération en attendant l’organisation des élections, c’est la misère garantie avec tous les dangers d’explosion sociale dans le pays », analyse-t-il.
En marge de cette dégradation économique qui s’accentue, de multiples observateurs africains pointent « l’insécurité totale » et « la démonstration de force de la rue ». « Aujourd’hui, seule la violence de la répression semble permettre à Kabila de se maintenir au pouvoir. Une situation qui ne peut durer bien longtemps », explique un diplomate passé par Kinshasa.

La donne a changé

« Aujourd’hui, la donne a changé », explique Mbusa. « Nous n’avons pas vu Kagame comme le prétend ce journal mais je pense que l’opposition congolaise doit commencer à parler publiquement avec tous les acteurs qui comptent en Afrique. Qu’on en soit heureux ou non, le président rwandais, qui sera très bientôt président de l’Union africaine, fait partie de ces acteurs. Il ne faut pas abandonner le fauteuil de la négociation régionale parce que nous pourrions devoir nous asseoir à sa table. Ce n’est pas parce qu’on parle avec quelqu’un qu’il faut tout accepter de sa part. Aujourd’hui, moi qui circule beaucoup sur notre continent, je peux vous dire que la donne a vraiment changé. Pour beaucoup, Kabila est le président sortant. L’homme dont on attend qu’il parte. Sauf qu’ils ont compris qu’il ne partirait pas s’il n’y est pas contraint et qu’ils craignent tous une explosion de violence en RDC. Une explosion qui pourrait peut-être avoir des conséquences fâcheuses directement pour eux mais qui aurait, sans le moindre doute, des effets pervers dans leur pays avec un flux de migrants, des échanges économiques nuls et un risque de violences chez des frères installés de l’autre côté de la frontière. »

Realpolitik

Mbusa, en bon nord-Kivutien, apparaît les pieds bien ancrés dans le sol. « Il faut être concret et réaliste. Il va falloir tout reconstruire si on veut repartir sur de bonnes bases après le départ de Kabila, car Kabila partira. Et pour réussir cette reconstruction, il faut pouvoir parler entre voisins. Quand j’étais aux Affaires étrangères, je poussais déjà pour des rencontres entre pays des Grands lacs. Kabila n’en voulait pas. L’isolationnisme est impossible. Le Congo est un géant. Un géant aujourd’hui malmené. Mais si nous nous redressons, nous n’aurons aucune difficulté à refaire entendre notre voix, à retrouver notre puissance.»

La libre Afrique.

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